lundi 30 octobre 2017

Intelligence artificielle et beauté : la Chine ouvre le champ des possibles

Cet article a été commandé et publié par Premium Beauty News

Photo traitée par l'application Meitu (à droite)

       « Nous ne sommes qu’au début des applications de l’intelligence artificielle dans le domaine de la beauté », prévient Asmita Dubey, Chief Digital Officer, Consumer Products Division chez L’Oréal. Elle s’exprimait dans le cadre des Mornings de ChinaConnect, de nouveaux rendez-vous matinaux durant lesquels Laure de Carayon, organisatrice et tête chercheuse, présente les dernières tendances en termes d’innovation digitale en Chine.

 L’Oréal développe depuis 2015 des applications utilisant la reconnaissance faciale et la réalité virtuelle telles que Make Up Genius, Vice Lipstick (Urban Decay) ou encore Style My Hair (L’Oréal Professionnel), qui permettent à l’utilisatrice, via des centaines de fonctionnalités, de visualiser son visage avec différents styles de maquillage, de rouge-à-lèvres ou de coiffure, puis d’acheter les produits qu’elle a essayés virtuellement et qui lui ont plu. « Ces applications rencontrent un grand succès dans le monde entier, particulièrement Style My Hair qui met en relation des communautés de hairstylists et de clientes et qui est présente dans des dizaines de pays dont la Chine », précise Asmita Dubey. L’application localise également les salons de coiffure proches de l’utilisatrice offrant le type de soins choisis.
Elle ne concurrence toutefois pas en Chine la popularité de Meitu ( 美图, « belle image »), l’application de traitement de photos qui éclaircit la peau, corrige les imperfections et agrandit les yeux, suivant les canons chinois. « Meitu compte 270 millions d’utilisateurs actifs par mois. En Chine, tout est à grande échelle », rappelle Asmita Dubey. Un succès qui a fait des émules désireux de surfer sur le succès des applications dédiées au maquillage virtuel, aux conseils beauté et au diagnostic de peau, à l’instar de Tmall, le site Internet marchand spécialisé dans les marques lifestyle du conglomérat chinois Alibaba. Ces applications sont soutenues par l’usage très majoritairement mobile du numérique en Chine, qui comptait 751 millions d’internautes en juillet 2017.
Recommandation personnalisée

En termes de reconnaissance vocale, le géant chinois Baidu a développé Deep speech 2, qui transforme la voix en données textuelles. Un outil essentiel « quand on sait que 50 % de toutes les recherches seront faites oralement en 2020 », indique Asmita Dubey. « Pour les marques de cosmétiques, l’opportunité est de répondre non textuellement, mais oralement, et de rendre le dialogue aussi fluide qu’une conversation. Beaucoup de groupes travaillent actuellement sur le sujet et leurs résultats vont bientôt arriver sur le marché », annonce-t-elle.
Une étape supplémentaire sera alors franchie vers la customisation des achats, l’intelligence artificielle facilitant la « recommandation » en fonction des données enregistrées sur l’utilisateur. Très en pointe sur cette technologie, Tmall a ainsi mis en place lors du dernier 11 novembre, la journée des célibataires que le groupe Alibaba a réussi à transformer en fête nationale du shopping en Chine, une opération baptisée ‘1000 visages, 1000 pages’. Suivant le profil de chaque acheteur, ses goûts, ses habitudes de consommation, le site présentait des recommandations de produits présentées sur une page.
« Cette fonction de recommandation est encore affinée par le site RED xiaohongshu (小红书, « petit livre rouge ») », poursuit Asmita Dubey. Suivant le type de produits recherchés, ce site présente les achats de blogueurs influents chinois ainsi que leurs recommandations. Lancé en 2014 en tant qu’application offrant la possibilité aux voyageurs chinois de noter et de commenter leurs achats de produits à l’étranger, RED a ajouté une fonctionnalité ecommerce - en proposant notamment des marques de cosmétiques essentiellement asiatiques - suite à son fort développement.
Stratégies de traitements des données
Ces milliards de données recueillies ne concernent pas uniquement les acheteurs finaux, mais également les informations délivrées par les influenceurs sur les blogs ou les réseaux sociaux. « Nous travaillons souvent avec la société américaine Tribe Dynamics, dont la technologie attribue aux marques le contenu généré par les influenceurs qui en parlent. Si l’on prend l’exemple de la marque asiatique Tatcha, l’analyse de ce qu’en disent les influenceurs dans le monde entier pourra permettre de déterminer dans quelle région et au sein de quelles chaînes la marque va croître, de quel ordre sera sa croissance, etc. »
Les développements de l’intelligence artificielle n’ont pas uniquement un but marchand, assure Asmita Dubey, ils peuvent avoir une composante sociale, comme le démontre l’application QQ Alerts créée par Tencent, autre géant de l’Internet chinois mobilisé sur le sujet. En faisant vieillir une photo d’enfant pour lui donner son aspect d’adulte à l’heure actuelle, l’application offre la possibilité de retrouver des enfants perdus ou enlevés.
Toutefois, aussi avancées qu’elles puissent paraître, aucune de ces applications n’a encore atteint le stade ultime de l’intelligence artificielle qui combine la détection, le raisonnement, et l’optimisation, à l’instar des technologies développées pour la mise au point de voitures autonomes. « Beaucoup reste à faire, y compris la résolution du problème de la protection des données personnelles et de la vie privée, » souligne Asmita Dubey, selon laquelle, en Chine, « la question se pose davantage pour la sécurité des données que pour leur confidentialité. »