lundi 19 décembre 2016

Le golf, nouveau chouchou des médias chinois

Le parcours de golf Tianan Jiari à Pékin. Photo :  teekart.com

 
Fini le temps où le golf avait mauvaise presse du fait de son bannissement par le gouvernement chinois. Sa démocratisation est maintenant encouragée pour soutenir le développement d'une Chine sportive et consumériste.

Début novembre 2016, l’Open de France, le plus grand tournoi de golf d’Europe continentale, a été racheté par le groupe chinois HNA. Cette opération peut surprendre quand on se souvient qu’au plus fort de la campagne anti-corruption chinoise, le golf était dans le collimateur du gouvernement de Xi Jinping qui le considérait alors comme une activité favorisant l’entre soi et les malversations des riches officiels du Parti.

Le golf revient pourtant en grâce depuis peu avec la publication fréquente d’articles plus favorables émanant de la presse étatique. En avril 2016, le journal officiel de l’agence chinoise anti-corruption déclarait que « ce n’est ni bien ni mal de jouer au golf. » Et chaque jour les articles sont de plus en plus nombreux à mettre en avant les exploits de la championne nationale Feng Shanshan ou l’inauguration à Shenzhen du premier musée chinois du golf, ou encore à donner des conseils pour peaufiner son swing.

Marché naissant

Comment expliquer un tel revirement ? « Un vent de démocratisation souffle depuis deux ans sur le golf, qui commence à séduire les classes moyennes du fait du changement de perception des politiques et de la baisse significative des coûts d'entrée (d'un tiers voire de la moitié) », avance le site d’information singapourien Zaobao, qui observe que « contrairement aux marchés du golf américains, anglais et japonais matures et saturés, le marché chinois a un potentiel qui ne peut pas être sous-estimé car il va se populariser avec l'élargissement de la classe moyenne. »

L’article souligne l’attraction de ce sport spécifiquement auprès des jeunes femmes cadres, à l’instar de Sun Ying, 35 ans, consultante juridique, qui confie que la pratique du golf l'oblige à ralentir le rythme, à envisager les choses de façon plus calme. Ce sport lui apprend à mieux se contrôler, ce qui a un impact positif sur son travail, précise-t-elle. Selon un professeur de golf de Shanghai cité par l’article, l’évolution du mode de vie des cols blancs, la hausse des salaires et la baisse des coûts d’inscription aux clubs de golf constituent les trois principales raisons de la descente de la pratique du golf dans l’échelle sociale chinoise.

Le ‘Guide pour le développement accéléré du secteur des sports et loisirs’ émis par le bureau général du Conseil d’Etat chinois en octobre 2016, comme le rapporte un article du portail Sina Sports, confirme que le golf n’est plus la bête noire du gouvernement mais une activité physique en vogue. Avec la bénédiction du ‘Guide’, les entrepreneurs de la nouvelle économie n’ont pas tardé à arriver sur ce jeune marché.

Adoubement des nouvelles technologies

En 2016 a été créée l’application 打高尔夫啦 Dagolfla , qui se présente comme « la première application chinoise dédiée au golf », et fait depuis l’objet d’articles détaillant le nombre de ses utilisateurs et mesurant son potentiel. Cité régulièrement dans les médias chinois, le fondateur de Dagolfla déclare « avoir pour objectif de démocratiser le golf, le rendre commercial et divertissant en Chine. » Les fonctions de l’application, explique-t-il, ont été « créées pour permettre au golfeur de se concentrer sur le jeu pendant que la formation des groupes, les scores ou encore la gestion des résultats peuvent être prises en charge par l’application. »

Visant spécifiquement les clubs de golf en Chine, l’application BtoB 乐挥 teekart.com, décrit comme « la plate-forme online asiatique leader dans les services intégrés autour du golf », a été lancé début 2015. Mi 2016, comme le précise un article paru sur le portail Sohu Sports, teekart avait réussi à connecter près de 15 clubs de golf auxquels il propose un support technologique et des services. Roger Hu, le fondateur de teekart, annonce que sa plate-forme « va résoudre les quatre enjeux majeurs des clubs de golf chinois : la réduction des coûts opérationnels, l’optimisation du business model, l’amélioration de l’expérience des membres et l’assistance marketing. » « Nous pouvons, assure-t-il, à l’aide des données rassemblées, dégager un portrait précis de chaque membre et faire une analyse fine de la situation de chaque catégorie de carte d’adhérents. »

Selon le site singapourien Zaobao, la Chine comptait 521 terrains de golf en 2013, contre 178 en 2004. Pour des raisons environnementales de préservation des réserves d’eau et des terres cultivables, le gouvernement chinois a mis un frein aux constructions de nouveaux terrains de golf, dont le nombre total aurait diminué à 439 en 2015, affirme le site spécialisé The R&A. Désormais en Chine, c’est la construction de nouveaux terrains de golf qui est limitée, pas la pratique.



Golf has become the darling of the Chinese media

A golf course in Shenzhen. Photo : Bobby Yip/Reuters

Gone are the days when the golf had bad press because of its banishment by the Chinese government. Its democratization is now encouraged to support the expansion of a sporty and consumerist China.

Early November 2016, the Open de France, the biggest golf open tournament in continental Europe, was bought by the Chinese group HNA. This deal may be surprising when we remember that, at the height of the Chinese anti-corruption campaign, golf was in the radar screen of Xi Jinping's government who then considered it as a shady activity giving the opportunity to wealthy officials of the Party to network and enjoy undeserved privileges.

Golf seems to get back in good graces recently with the frequent publication of more favorable articles from the State media. In April 2016, the official newspaper of the Chinese anti-corruption Agency stated that « it is neither good nor bad to play golf. » And articles are more numerous every day to highlight the exploits of the national champion Feng Shanshan or the opening in Shenzhen of the first Chinese Museum of golf, or even to give advice how to refine your swing.

Burgeoning market

How to explain this change ? « A wind of democratization has been blowing for two years on golf, which begins to seduce the middle classes because of the shift in perception of politicians and the significant drop in the entry costs (of a third or even a half) », says the Singaporean information website Zaobao, who observes that « unlike American, English, and Japanese mature and saturated golf markets, the Chinese market has a potential which cannot be underestimated as it will become popular with the expansion of the middle class. »

The article highlights the attraction of this sport specifically among young executives, like Sun Ying, a 35-year legal consultant, who says that the practice of golf has forced her to slow down, to see and state things more quietly. This sport teaches her to better control herself, which has a positive impact on her work, she says. According to a golf teacher in Shanghaï quoted by the article, the lifestyle evolution of the white collars, the rising wages and the falling costs of joining golf clubs are the three main reasons for the golf practice going down the Chinese social ladder.

The 'Guide for the development of the sports and leisure industry' issued by the general office of the Chinese State Council in October 2016, as reported by the Sina Sports portal, confirms that golf is no longer the black sheep of the Government but a fashionable physical activity. With the blessing of the 'Guide', the new economy entrepreneurs have been quick to enter that young market.

New technologies approval

In 2016 has been created the 打高尔夫啦 Dagolfla application, which presents itself as 'the first Chinese application dedicated to golf', and has been the subject of articles detailing the number of its users and measuring its potential. Regularly quoted in the Chinese media, the founder of Dagolfla declares that his « aim is to democratize golf, marketize it and make it entertaining in China. » The features of the app, he says, were « created to allow the golfer to focus on the game while the formation of the groups, scores or the results management can be supported by the application. »

Specifically targeting the golf clubs in China, the 乐挥网 teekart.com BtoB application, described as ‘the Asian online platform leader in the golf integrated services’, has been launched early 2015. Mid 2016, as stated in an article published on the Sohu Sports portal, teekart had managed to connect nearly 15 golf clubs by offering technological support and services. Teekart founder Roger Hu announces that its platform « will solve the four major issues facing Chinese golf clubs : reduction of operational costs, business model optimization, members experience improvement and marketing assistance. » « By using the collected data, he says, we can obtain an accurate picture of each club member and make a detailed analysis of each category of membership card situation. »

According to the Singaporean website Zaobao, China had 521 golf courses in 2013, compared to 178 in 2004. For environmental reasons of water reserves and arable lands preservation, the Chinese Government has put a brake on the construction of new golf courses, whose total number declined to 439 in 2015, says the specialized website The R & A. Now in China, it is the construction of new golf courses which is limited, not practice.