lundi 17 octobre 2011

L'eco-city chinoise, la grande illusion? (1ère partie)

TRADUCTION  Source : 南方周末 Nanfangzhoumo du 25 novembre 2010
(dessin : Gou Ben)


Comme dit le proverbe occidental : 'l'enfer est pavé de bonnes intentions'.  Avant que la construction de villes écologiques soit une vraie révolution, la crainte de possibles déconvenues est inévitable.

"Vous êtes à Shanghai dans les années 2010, vous attendez le ferry pour la ville idyllique de Dongtan, vous buvez votre café en suivant des yeux l’allée et venue des yachts. » Pour Shannon May, doctorante en anthropologie de l'université Berkeley de Californie, cette ville écologique aurait pu être magnifique. Mais en 2010, ce beau rêve est déjà hors d’atteinte.

En 2005, deux projets d'envergure de ville écologique chinoise ont attiré son attention, dans le cadre de ses recherches sur l'influence économique et sociétale des villes écologiques : Dongtan, à Shanghai, et Huangbaiyu, dans la province du Liaoning. « Dans la première décennie du 21e siècle, le projet de ville écologique de Dongtan fut pour les professionnels et l’opinion publique de la planète entière un vrai mirage ». Shannon May pensait à l'origine que "Dongtan pouvait devenir la première ville écologique du monde".

Dongtan inspirait confiance. Ce projet 'zéro carbone' de 86 km² a fait l'objet d’un accord signé en grande pompe entre la Chine et le Royaume Uni. Développé par la société mixte de Shanghai SIIC, sa conception avait été déléguée au groupe anglais Arup, qui avait déjà signé le Stade olympique des jeux olympiques de Pékin de 2008 et le Centre national aquatique.


“En 2006, nous étions déjà en ligne avec les exigences du projet dans sa totalité  conformément aux objectifs de développement durable, mais nous regrettons beaucoup que le projet ne se soit pas déroulé comme prévu. » Le président du groupe anglais Arup, Peter Head, déclare ne pas avoir d’explications claires.

La raison pour laquelle Arup reste dans le vague n'est déjà plus un secret pour personne. "La carte principale de Dongtan était politique, a affirmé à Nanfangzhoumo Dong Shanfeng, l'ancien directeur de la conception du groupe Shangshi. Ce dernier n'a finalement pas pu transformer les terrains agricoles de Dongtan en terrains construits. Et " ‘la transformation du rural en non rural’ n'ayant pas pu être réalisée, la ville ne pouvait donc pas naître", explique-t-il.

« La Chine étant alors en pleine ruée vers la tendance écologique, Dongtan pouvait apparaitre comme un cran de sûreté", ajoute le français Antoine Daval, manageur développement urbain durable chez Sogreah. Ce type d'entreprise est très sollicitée par les gouvernements régionaux chinois en ces temps de planification écologique.

Mais Dongtan n'est jamais devenue un 'cran de sûreté'. Elle a plutôt couru au devant de problèmes avant d’être gelée.

Il y a aussi l’auto-proclamé 'premier village au monde' de Huangbaiyu, dans le Liaoning, qui entendait mettre en pratique le principe originel du développement durable : 'aller du berceau au berceau'.

Ce projet modèle de lancement d'un centre de développement durable sino-américain est finalement rapidement  'passé du berceau à la tombe’, faute d'investissements et de respect de l'opinion publique. "Du côté américain, beaucoup d'organisations n’avaient pas prévu d’investir de sommes substantielles, ils ont juste promis un rêve à plus de 400 familles", déplore Shannon May, qui avait à l'origine fait entrer Huangbaiyu dans son champ d'investigation.

Selon le New York Times, le journal français Libération etc, « le grand frère modèle a déjà perdu ». Telle est la mauvaise publicité des médias étrangers : le projet de ville  écologique chinoise serait déjà une illusion perdue.

Tout le monde veut être pionnier

Où peut donc exister la première ville écologique sur la planète?

Actuellement, il semble que la réponse se situe sur 30 km² dans la baie de Bohai et ses plages désolées. Avec ses moulins à vent et son réseau routier, le nouveau centre de la ville écologique est situé à 45 km de Tianjin. "De ce qui se sait actuellement du contenu du projet de ville écologique, la Sino-Singapore Tianjin Eco-city comporte le plus d'espoir de réussite", affirme, optimiste, Paul Francis Downton, fondateur de l'association des villes écologiques australiennes, et l'un des avocats les plus fervents de la cause des villes écologiques.

Toutefois, beaucoup de lieux n’ont pas encore dit leur dernier mot. Caofeidian, à Tangshan, à 100 km de Tianjin, planifie plus de 70 km² d’eco-city internationale.  Avec d’autres villes écologiques de la planète, elle est en compétition pour tenter à tout prix de devenir ‘en Chine, voire dans le monde, le modèle à suivre en matière de ville écologique’. A Pékin, le quartier de Mentougou se présente ainsi comme 'la ville écologique la plus grande au monde', affirmant que sur un territoire de 100 km² est en cours de construction rapide 'la première ville à taux d'émissions de carbone réellement bas'.

Après Dongtan, au moins une dizaine de villes chinoises sont dans la course et font tout pour être sélectionnées. Davantage constituées de 'terrains non cultivés', elles entendent transformer le gâchis en trésor, focaliser l'attention des politiques, monopoliser les entreprises d'état, attirer les promoteurs immobiliers, former un complexe immobilier cohérent, être en connexion avec l'international, et prendre exemple sur l’étranger.

Or, "à l'échelle mondiale il n'existe pas encore de critères de mesure de la ville écologique", assure Paul Francis Downton. Cela ne semble toutefois pas si important. Que ce soit la Sino-Singapore Tianjin Eco-city, ou encore Caofeidian, toutes sont en train d'essayer d'établir leur propre système de norme et d'attirer vers eux les discours qui font autorité. L'eco-city de Caofeidian a institué 141 systèmes de normes technologiques, incluant les nouvelles énergies, les constructions vertes, le traitement des eaux usées, le traitement et le recyclage des déchets, les transports, le système d'informations, la reforestation écologique, le paysagisme urbain etc. Tous les aspects ont été passés en revue.

Selon Eero Paloheimo, professeur finlandais connu pour être  'le père des villes écologiques', "la première ville écologique authentique est un prototype, et le coût de création d’un prototype est souvent beaucoup plus élevé que le coût de ce qui suit ".

Mais les villes chinoises apparemment ne craignent jamais les coûts de construction élevés. 25 milliards [de yuans] ont été investis dans la ville écologique de Suzhou, le quartier de Mentougou à Pékin a capté 150 milliards, pour 2010 uniquement, et durant l'année en cours, la Sino-Singapore Tianjin Eco-city s'est assuré un investissement de 17 milliards ... Elles sont en lice pour devenir un immense champ d'expérimentation.

« Nous venons faire des essais »

Par la fenêtre de son bureau, Cui Zhiwen peut observer, sur un mètre carré, trois sortes de feu de circulation. A l'énergie éolienne et à l'énergie solaire, ils sont complémentaires. "Ils peuvent venir de trois sociétés différentes, qui effectuent ainsi des essais", précise le directeur de recherche en politiques internationales de la ville écologique de Caofeidian.

Cet achat des feux de la circulation n'est qu'un petit exemple. En réalité dès qu'il y a un terrain vierge constructible, le monde entier ne peut pas s’empêcher de vouloir venir en Chine pour faire des essais.

Cui Zhiwen indique que les plans originels de Caofeidian ont impliqué les Anglais de Arup, les Suédois de Sweco etc., et beaucoup de sociétés de planification architecturale de renommée internationale. Pour Dongtan, Shannon May a effectué une étude statistique qui montre que de 2000 à 2005, des sociétés venues des Etats Unis, d'Angleterre, de France, du Japon, et autres, ont conçu en tout 60 plans de ville écologique.

A l’époque, personne ne savait à quoi ressemblait une ville écologique, et accepter d’en avoir l’initiative signifiait non seulement une rémunération considérable, mais aussi une reconnaissance professionnelle sans précédent. Un ancien salarié de l'Anglais Arup l'a révélé, sur un projet de planification aussi énorme que Dongtan, les coûts de consultation pour la conception architecturale étaient de plus de 10 millions [de yuans]. Quant à la fameuse connexion de la Chine avec l'international, elle s’est essentiellement située du côté de l'emploi des Chinois, et même si le projet a été stoppé, les sociétés étrangères ont toujours gagné.

« Pour les cabinets d’architecture, chaque expérience d'échec dans la conception d’une ville écologique peut être utilisée pour gagner de nouveaux contrats », souligne Shannon May. L'Anglais Arup, malgré l’arrêt de Dongtan, proclame toujours que "notre modèle de ville écologique a été perfectionné et est applicable aux autres projets de ville écologique de la planète". Et William McDonough, directeur général du centre américain du développement durable sino-américain est plus direct : "nous avons certes échoué à Huangbaiyu, mais nous avons recueilli une foule de données très riches qui peuvent servir aux Etats Unis". "La Chine espère devenir le plus grand marché pour la planification de long terme des villes durables », estime pour sa part Antoine Daval. 

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Peng Liguo

Article édité et traduit 编译的文章
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